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Un air de déjà vu Serge Lama.08/06/04..01:06
J'ai révé d'un destin épique. Un début barbotant mais prometteur, des aventures extraordinaires ponctuant mon existence, et une fin en grande pompe.

J'aurais aimé naitre en 1900, comme Prévert, Saint Exupéry, Bunuel ! Comme ça, quand les élèves de l'an 2100 apprendront par coeur - et oui, le système pédagogique sera encore dramatiquement idiot - ma vie, les manuels commenceront par "Elle est née avec le siècle", et ce serait la classe. Malheureusement, je suis née avec Lio chantant Banana Split et l'émergence du breakdance. Rien de reluisant.
Ensuite il a fallu grandir (parce que naître, c'est pas tout ! "Naître, c'est à la portée de tout le monde ! Même moi je suis né ! Mais il faut devenir, ensuite ! Devenir ! Grandir, croitre, pousser, grossir (sans enfler), muer (sans muter), mûrir (sans blettir), évoluer (en évoluant), s'abstenir (sans s'abêtir), durer (sans végéter), vieillir (sans trop rajeunir) et mourir, sans râler pour finir... Un gigantesque programme, une vigilence de chaque instant... C'est que l'âge se révolte à tout âge contre l'âge, tu sais ! Et s'il n'y avait que l'âge... Mais il y a le contexte ! Or, le contexte, mon pauvre petit..." - Oui, ma biographie serait ponctuée de passages littéraires d'auteurs contemporains m'ayant plu un jour. -). Or mon contexte, mes bons amis, mon contexte...

J'aurais pu avoir une enfance malheureuse, cependant les seules contraintes étaient les week-ends à la campagne jusqu'à 15 ans et le raquet de mon grand frère qui me revendait ses Fripounets auxquels il était abonné. Face à tant d'injustice, une rebellion aurait été naturelle. Une prise de conscience énorme transposant mon malheur à l'échelle planétaire, me dévouant corps et âme, une fois l'âge de raison atteint au malheur de mon prochain. Finalement, non. Mais je suis passée en CE1 très haut la main.

Au lycée, les vraies rencontres, les vraies aventures auraient été nombreuses. Des soirées passionnantes à discuter politique, philosophie et sociologie. Des actions percutantes dans les mouvements de ma cité (au sens antique du terme, hein, 'faut pas déconner). AAaaaah, je me souviens encore des soirées faisant la course en 4L dans les rues du Havre, les portes s'ouvrant dans les tournants trop serrés, les après-midi playstation et les bitures de mes joyeux camarades. Nostalgie.

Une grande destinée passe par un quotidien extraordinaire. Mais celle-ci s'accompagne aussi d'une vie spirituelle profonde, avec des croyances ardemment défendues pour un culte ancestral. Et en matière de religion, tout n'a pas été vain...
Ayant probablement des idées inconscientes de suicide collectif, nous avions cherché une secte à adopter, enfin... qui nous adopterait. Notre choix s'était porté sur les mormons, parce qu'ils trainaient là - et qu'on allait quand même pas passer plus d'une après-midi à en chercher d'autres. Bon, à défaut de suicide collectif, la polygamie promettait surement des bons moments de bonheur partagé. Effectivement, le gâteau était bon, le reste un peu chiant. Notre vie communautaire aura duré une heure. Le temps de s'apercevoir que le plus pénible quand on rencontre des gens paumés, c'est qu'on ne l'est jamais vraiment au même endroit.

Mais les expériences traumatisantes ont eu au moins le bon goût de pointer le bout de leur nez à cette époque là. En plein jour, une agression et un hold-up. La première, sur le boulevard de Strasbourg. En passant, nous entendons des "Pétasses ! salopes ! Petites putes !". Sans y porter attention, nous continuons notre chemin. Derrière nous, deux pas lourds. La peur s'est faite sentir. Les murmures se rapprochent et nous nous retournons d'un coup sec. L'assaillant nous ignore et traverse. Il continue à nous suivre par trottoir interposé avec un petit recul d'une dizaine de mètres. Voulant en avoir le coeur net, nous nous cachons derrière un kiosque prises d'une peur panique. Trente secondes plus tard, nous voyons débouler de chaque côté de notre planque deux petites vieilles aux cheveux roses et violets espadrilles et tongues à la main nous criant dessus et nous menaçant de leurs armes ("asphyxié par une péniche, telle sera ma fin"). Notre hilarité totale (rire nerveux à n'en pas douter) nous fit courir quelques dizaines de farouches enjambées, poursuivies par deux folles déchaussées devant l'effarement des habitants de cette merveilleuse station balnéaire&industrielle. Plus tard, je raconterai à mes petits enfants comment à 17 ans, une amie et moi nous sommes faites agressées par deux septuagénaires.

Deux ans après, 19ans. J'ouvre un second compte - parce qu'avant d'être une ardente baroudeuse, je suis aussi une grosse capitaliste qui vient de se voir offrir un voyage de 4 semaines et un compte avec 4500F dessus. Entrent trois hommes. (Avant étaient aussi rentrés d'autres gens, c'était un samedi - fort ensoleillé au demeurant - dans la rue principale Bernayenne). Un pistolet à côté de moi, je réalise la situation, sourire coincé de ma conseillère, il nous demande telle une hôtesse de l'air en fin de carrière, de regagner les autres clients contre le mur. Yeah, la classe, comme à la télé. Bon, si j'avais eu à choisir j'aurais préféré un truc énorme à la Point Break avec Keanu Reeves, mais on fait avec ce qu'on a. On nous transpose de pièce en pièce et on finit dans la remise.
Le truc chiant avec la vraie vie, c'est que c'est vraiment rarement aussi palpitant qu'à la télé, résultat, nos ravisseurs n'arrivent pas à avoir ce qu'ils veulent et ne crient même pas, sont gentils avec la femme enceinte (oui on avait une femme enceinte comme dans les meilleurs séries policières de TF1) et repartent avec un butin ridicule dans l'indifférence totale de la rue principale qui bat pourtant sous le feu d'une fin de semaine consommatrice dans les odeurs de poisson du marché de la veille.
Plus tard je raconterai à mes arrières petits enfants comment, à 19ans, j'ai été prise dans un hold-up, sans cris, sans pleurs, sans peur, sans butin, sans sang. Sans rien, quoi.

Deux mois après, j'ai enfin la vie culturelle que j'attendais. Les rencontres avec des gens qui resteront dans l'histoire artistique de notre pays. Certains sortent quand même d'un baccalauréat littéraire option cinéma et théâtre, alors vous pensez bien qu'ils en ont des choses à dire. Et puis ça y va franchement quand on est pas d'accord avec eux "Non mais attends, de par mes études je sais quand même mieux que toi comment interpréter Nosferatu alors t'es mignonne, ta gueule" (parfois, j'aimerais vraiment avoir à inventer les dialogues que je recase ici, je ne ferais pas mieux je pense...).
Lors d'une soirée, je découvre aussi le karaoké, génèse évidente et signe avant-coureur de mon dévouement au Grand Mythe Vaquettien. Le vrai, celui dans un bar privé avec les habitués. Celui où il faut être pistonné pour rentrer ! L'aristocratie du karaoké ! Je cottoie enfin des vrais chanteurs, je frissonne en y repensant. Thomas, grand fan de Céline Dion et de Roch Voisine, sache que tu resteras à jamais ancré dans ma mémoire. Ce spectacle fut mémorable, je ne me suis jamais autant emmerdée depuis.

Face à tout cela, ne souhaitant que m'incliner devant tant de prodiges prodigues ("assez n'en jetez plus !"), je tire ma révérence, de dos. Mes arrières royaux les contemplent pour suivre la voie des sciences exactes en conquérant la capitale. Aaaah ! Paris ! Sa vie étudiante ! La culture par débordement ! Les soirées jusqu'à plus soif ! Les geeks en mias ! La découverte d'irc ! Et 3000f les 15m² ! Si le rêve doit prendre vie, sans aucun doute, il n'a pas choisi son heure.

Tout suivra évidemment, j'entrerai dans l'Histoire au moins en coup de vent, par erreur ou effraction et d'aventure en aventure (de train en train, de port en port), Serge Lama chantera ma gloire, mais je finirais en beauté, triple loops piqué ou galipette arrière.
Je me donne trois jours pour trouver une fin décente à tout ça.

wilou

08/06/04 | 09:29

Ouais enfin ca c'est de l'action au sens parisien du terme dans un rythme metro-boulot-dodo. J'ai passé 3 ans à Marseille et c'est différent. Comme si j'avais retrouvé un cadavre dans la Méditerrannée ou que meurtres et viol étaient choses courante en bas de chez moi ( dans le 13-14ème ). Comme si la nuit se faire braquer avec un flingue sur la tempe était normal. Non sérieux c'est des psychopathes.

URL

Monsieur D

08/06/04 | 10:17

einh ?

(sinon Gaëlle, je te donne trois jours pour trouver une fin décente à tout ça)

 

Brice

08/06/04 | 11:31

Vous avez tous trois jours pour trouver une sente défunte à tout ça !

URL

MoiMeme

08/06/04 | 18:08

(Etalage)
Septuagénaire ?

 

Kobal2

08/06/04 | 22:10

le "raquet" ? Mon dieu mon dieu... Soit tu suces l'académie française (sans majuscule, faut pas pousser non plus), soit tu sais pas écrire "racket". Je sais pas laquelle des deux explications est la plus nulle. Je te méprise en gros, du coup, pour pas faire de jaloux.

Et accessoirement "avions cherché" , "mormons", "aspyxiée" , "ils nous demandent", "finirai", "lutz".

Je donne pas les numéros de ligne pour la bonne et simple raison que tu n'as pas la présence d'esprit ni même le simple savoir vivre de numéroter tes lignes. Même Hugo, Victor l'a fait dans mon partiel de Lettres Modernes, c'est dire si. Si quoi ? Si tout, voila, merci.

 

gaelle

08/06/04 | 22:51

(de rien)

monsieur d : toujours des menaces...

brice : sinon quoi ? Tu portes plainte ? Ok, rendez vous demain à la chambre XIV du tribunal de grande instance. J'aurai un avocat frisé avec un bouc.

moimême, kobal2 : et gnagnagna.

 

Brice

09/06/04 | 01:25

Tu peux que gagner avec cet avocat qui plaide comme il respire, mais je serai là quand même !

URL

Doc.Fusion

09/06/04 | 10:05

Je te conseille la galipette arrière.

URL | @

alkama

21/06/04 | 12:19

paye ton roman fleuve!
quelle vie

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