Je suis une quiche en bande dessinée et dessin animé. Du coup, je reste insensible aux blagues sur les supers héros et les chansons déclamant la mort de Goldorak me laissent de marbre. Je ne suis pas une gloubi boulga girl, je n'ai que de vagues souvenirs de Nicolas et Pimprenelle, je suis complètement out en animation japonaise, et je fuis les rayons bd des librairies comme la peste tellement il est impossible d'y circuler (ça explique surement en partie le fait que je ne lise presque que des ouvrages de socio ces derniers temps). Et pourtant, j'aime beaucoup ça, dans l'idéal.
Cet aprèm', en allant gentiment arroser les poubelles, nourrir le courrier et ramasser le chat de mes petits amis en vacances, j'ai choppé un livre très bien : Garduno, en temps de Paix, de Philippe Squarzoni - je le remettrai à sa place, promis, sur le tas de bordel -. Visiblement, ça date un peu et il y a surtout une suite que je suis bien pressée de bouquiner, avec un peu de chance elle est aussi sur un autre tas de bazar.
En fait, je suis vraiment fascinée parce que ça doit être une des premières fois que je lis une bande dessinée complètement intelligente avec au moins une image percutante par planche, quand ce n'est pas la planche toute entière.
L'oeuvre nous balade dans les idées et actions militantes d'un futur membre d'Attac. Avec un point de vue expliqué de manière très pédagogique. Des flash-back(s ?) dans l'histoire à coup de cartes postales. Des oscillations entre sa vie passée et l'actuelle, ce qui a déclenché son engagement personnel dans telle ou telle région de notre charmante planète. Une seule image pour faire passer 10 réflexions, tout en sobriété et concision. Rien à redire, je suis sur le cul.
Une chose m'a un peu plus marquée parce que j'y pensais l'autre jour devant le zapping. Une bulle évoque le fait que le mot "acquis sociaux" n'existe pas en angleterre. (Pas de cocorico trop rapide : une autre évoque aussi celui que l'Allemagne ait un mot pour interdire leur régression).
Au zapping donc, un extrait d'Ushuaia (je présume) montrait Nicolas Hulot demander à une communauté d'Inuits s'il manquait quelque chose à leur bonheur, quelque chose pour améliorer leur quotidien, sachant qu'ils vivaient en autarcie, de pêche, d'amour et de glaçons frais.
A l'écran, un petit vieux réfléchissait mais plus comme s'il essayait vainement de comprendre la question que d'y trouver une réponse. Le traducteur a ensuite expliqué qu'il ne voyait pas le sens de la chose, qu'ils n'avaient pas à attendre "plus" ou "mieux" puisqu'ils avaient en main tout ce qui leur était strictement nécessaire, qu'ils se suffisaient à eux mêmes par ailleurs. Et ça rejoint un peu une des idées du bouquin - je sais, rien n'est novateur dans le fond, mais il le dessine juste très bien - à savoir que non seulement nous vivons dans une surabondance de biens et de besoins. Mais en plus, ironie de la consommation, on en vient à penser - et à oser demander à ceux qui vivent autrement - que c'est par tous ces objets et services que passe notre bonheur. Et là tout de suite, j'ai envie de vous faire un joli copier/coller des pages 14 à 18 de la BD qui sont tout simplement génialement méditées. Mais comme vous êtes grands et intelligents, poussés par la curiosité et la découverte (si ce n'est déjà pas fait vu qu'il est sorti il y a deux ans apparemment), vous allez vous précipiter chez votre libraire favori pour, si ce n'est l'acheter, au moins le feuilleter. Ca vous filera au moins un truc intelligent à lire.
Il y a, au Mexique, un village
dont le nom a été oublié
par les cartes de voyage.
Les paysans qui l'habitent disent
qu'il s'appelle Garduno, en temps de paix...
et Zapata, en temps de guerre. |