Erwan m'avait bien dit, avant de se casser au soleil : tu dis rien, tu laisses couler avec elle, tu notes et tu ressors tout au propre.
Au boulot, en famille, on m'avait dit de convoquer les grandes instances, de "monter voir la hiérarchie". En y allant molo, parce que bon, dire à la hiérarchie qu'il y a un problème avec la sous-hiérarchie, ça la remet en question - la hiérarchie, suivez un peu, hein, c'est que l'début -. Et généralement, c'est le problème des chefs, les remises en question sont moyennement leur dada.
J'avais gueulé - je sais, je l'ai déjà dit. En juste réponse face au comportement de merde que je subis quotidiennement, j'avais eu droit à un "bah va voir ailleurs si t'es pas contente" (nananère) - voilà, un responsable dans toute sa splendeur, remise en question, tout ça tout ça...
Ca m'avait fatiguée, physiquement et moralement. J'en étais à peine au quart des 1053 fichiers à corriger et bien sûr, je n'avais pas encore commencé les fiches à remplir (mais il n'y en avait que quatre petites centaines, du gâteau...), ça aussi ça me fatiguait tiens. Et puis elle s'était calmée, probablement pour prendre son souffle, je ne sais pas. J'avais cru titiller le bon fil, comme Mac Gyver qui, dépourvu, coupe le rouge parce que c'est bientôt la fin de l'épisode, et ça marche. Moi, non. Boum, elle a pété.
Cet après-midi, on avait rendez-vous. Ca fait 15 jours qu'elle a pris rendez-vous. C'est mignon quelqu'un avec qui vous êtes, dans la même pièce, 8h/8, qui vous dit, tel jour, telle heure, faudra qu'on se parle. Si si, franchement, ça aide à porter en estime le genre humain. Et puis ça en dit aussi long sur l'ambiance conviviale qui règne lorsque nous sommes seules, s'échangeant chaleureusement quelques longs soupirs.
Pendant une heure, j'ai fait comme mon p'tit bonhomme m'a dit pour ne pas péter un câble - même si j'en suis au point où l'ubuesque de la situation m'inspire un cynisme sans fin. Tu restes calme. Quand elle te dit "on a fait ça, c'est bien, en revanche tu as fait ça, c'est nul" alors que le "on" ne désigne que *ton* travail - le mauvais comme le bon -, tu rigoles dans ton petit coeur toujours plus malade de la bassesse des vieux.
J'ai rien dit.
J'ai écouté. Puisque certaines choses étaient justifiées. Oui, je le confesse. Par quatre fois dans l'année, je n'ai pas mis à jour le menu de la cantine sur le site internet. Je prie chaque soir pour ma rédemption auprès de l'Eternel. Hoo, je sais bien, on en a fusillé pour moins que ça, il faut que je m'estime heureuse. Et je m'estime euh...
Puis j'ai continué d'écouter, puisque d'autres choses avaient clairement besoin d'être dites - je ne vais pas tout nier, il y a bien quelqu'un de la "maison" qui va avoir le bon goût de lui imprimer ma prose, allez, on se dévoue -. Mais à la fin quand même, après avoir encaissé pas mal de choses sur ledit site internet tout pourri-que-je-suis-bonne-à-rien et que du coup il va y avoir une commission dédiée au site internet l'an prochain pour voir ce qu'il-y-a-qui-va-pas "cool, ça fera au moins trois visiteurs" - , j'ai osé un "oui mais quand même, toutes vos remarques, ça fait deux ans et demi que le site est en ligne, presque tel quel, vous auriez pu les faire à un autre moment que les 6 semaines où j'ai ce gros milliers de fichiers à corriger...". Argh. Mais qu'est ce que j'ai dit. J'ai causé ma perte. Celle de mes trois prochaines générations aussi. Le fil rouge, là, coupé. Réponse ouverte, franche, directe et hurlante : en deux ans et demi, le temps s'est fait trop court pour pouvoir me dire que mon boulot était à chier. (Ah bah, c'est qu'avec 4 mois par an de vacances, on voit plus les jours passer mes bons enfants...)
J'avais bien aimé qu'on me dise de me taire. C'est assez ironique. Mais comprenez bien, mes deux amis les plus proches sont experts es-rapports sociaux. A savoir : ils peuvent dire à quelqu'un d'aller se faire "voir chez les grecs" (je modère hein, c'est pour l'impression finale...) et que l'autre réponde, sourire aux lèvres, "ok !" en les remerciant chaleureusement et en défaisant de lui-même son ceinturon. Alors dans la mesure où moi, je serais plutôt du genre à dire merci quand on me bouscule et à ne pas porter de ceinture, forcément, je me suis inclinée... (euh...)
Et ce soir, relisant mon contrat d'il y a trois ans, j'ai vu que je n'étais officiellement que chargée du web. En gros, depuis trois ans, j'ai eu 10 puis deux fois 16 classes à charge, sans que ce soit mon boulot. Oui, je sais j'aurais dû tilter avant mais je ne suis qu'assez peu procédurière et après tout, ce job me plait et même pire. Mais finalement, dans un premier temps, je devrais peut-être commencer à mettre des ceintures à mes pantalons... Pour la forme, si je puis dire.
J'ai enfin compris son petit manège. Le pourquoi du comment de son comportement mesquin consistant à essayer de filtrer la moindre chose qui me parvient. Pas parce que je lui pique son boulot hein, mais parce que je lui fais... Aujourd'hui, j'ai envie de lui offrir quelque chose. Le bouquin de Maia Mazaurette (je suis très blogosphère en ce moment. L'aigreur, surement.) comme cadeau de fin d'année. Parce que ça la concerne et puis c'est sympa un bouquin a priori. En étant gentille avec la miss, je dois pouvoir lui demander une dédicace dans laquelle elle lui parlerait de l'Odyssée d'Ulysse. Parce que balancer 250 pages au travers de la gueule de quelqu'un finalement, ça ne peut que faire du bien. Le fameux effet cathartique de la littérature. |